La face cachée de la malgachisation: la Merinisation bancale!
politique août 29th, 2008L’ancien Maire de la capitale de Madagascar et non moins ancien premier ministre, Guy Willy Razanamasy, un notable Merina, a donc lâché le morceau en criant haut et fort ce que le régime dictatorial cache et ce que le peuple tout entier pense tout bas : La malgachisation de l’enseignement n’est donc ni plus ni moins que de la « Merinisation », bancale, c’est-à-dire ce système qui impose aux autres ethnies de Madagascar (au nombre de 17) le dialecte des montagnards connus sous le nom de l’Imerina.
De toute manière personne n’est dupe. Cela ne date pas d’hier ! Les racistes « malgaches » (eh oui, il y en a bel et bien à Madagascar) notamment ceux qui sont nostalgiques de la gloire monarchique de l’ancien temps ont toujours voulu à ce que le rapport existant entre les malgaches soit celui du « dominant/dominé ». A entendre par là, bien sur, qu’ils seront dans la position des « dominants ».
Il faut reconnaître que ces gens là sont assez puissants. Je dis bien « assez » car la position qu’ils ont occupé à l’époque de la monarchie leur a donné un certain avantage notamment en matière d’instruction. Par exemple, dans le 19ème siècle, grâce aux œuvres des missionnaires, notamment britanniques, venus “civiliser” les malgaches, les 200.000 et quelques élèves malgaches ont été exclusivement des Merina et dans une moindre mesure des Betsileo, nos cousins. Ce sont encore ces missionnaires anglais qui ont commencé à traduire la Bible par le dialecte Merina et décrétant par la même occasion ce dialecte comme langue malgache. Ce qui a, d’ailleurs, permis à la colonisation qui s’en est suivi de recruter facilement son personnel malgache parmi ces viviers. Sur les 20.000 administrateurs malgaches employés au temps de la colonie, 95% sont des Merina. La plupart des officiers ou sous officiers malgaches de l’armée française de l’époque coloniale sont également majoritairement des Merina. Lesquels d’ailleurs ont quasiment tous obtenus la nationalité française.
Au lieu donc d’utiliser ces « avantages » au service de la Nation, certains se sont plutôt acharnés à garder, coûte que coûte, ce rapport de dominant même dans Madagascar contemporain. C’est insensé !
Effectivement, fort de cette « avancée », devenue relative depuis l’indépendance en 1960, quelques minorités dominantes de cette élite Merina, transfuges de l’époque monarchique, ont toujours su nager à travers les vagues politiques qui ont eu cours à Madagascar depuis. Même dans les années 40 à l’époque du grand nationalisme représenté principalement par le parti MDRM, il y avait ce que l’on appelait le PDM, un parti de la bourgeoisie et commerçante Merina qui s’opposait radicalement à ce MDRM. Mais puisque l’histoire est toujours écrit par les plus malins, on n’a quasiment pas entendu parlé de ce parti PDM comme force opposée au MDRM. Contrairement au PADESM, composé essentiellement des Merina de caste « noire » (comme ces racistes les désignent comme tel) et quelques élites côtières mais absolument minoritaires, qui lui a été traité comme seul parti opposé au MDRM. Ce qui est une malhonneteté intellectuelle.
Pareillement, après l’indépendance, les mêmes clans ont toujours su s’arranger pour qu’ils occupent des positions sinon dominantes, du moins bien placées au sein des régimes successifs. C’est ce qui s’est passé avec Tsiranana, en passant par Ramanantsoa. C’est avec Didier Ratsiraka que ces minorités là ont pu vraiment imposer, pour la première fois ce tristement célèbre « malgachisation » avec Richard Andriamanjato, un Merina, Maire de la capitale à l’époque et dont le parti AKFM se proclamait être l’héritier direct du MDRM. Effectivement, pour satisfaire ces exigences, Ratsiraka a cédé à la malgachisation. L’enseignement a commencé à être fait en cette langue “malgache” imprégnée fortement du dialecte Merina. Le résultat est frappant : Echec total. Le système a crée ce qu’on appelle plus tard la « génération sacrifiée ».
Pire, pendant que la population malgache servait de cobaye pour cette « malgachisation », les barons du régime, notamment ceux qui défendaient avec hargne la soi-disant vertu du système ont été les premiers à envoyer leurs progénitures étudier à l’extérieur, et dans les pays occidentaux de préférences.
Il a fallu le retour du professeur Zafy, en 1993 au pouvoir pour que la langue d’enseignement redevienne française. C’est-à-dire plus facile à apprendre du fait de l’abondance des supports pédagogiques et didactiques mis à la portée aussi bien des formateurs que des élèves. Et surtout du fait de l’évolution du monde avec la mondialisation et tous ce qui s’y accompagnent comme technologie qui sont tous faits en langue notamment française et anglaise. Pendant que la langue “malgache” accuse un très grand retard.
Voilà que plus de quinze ans après, le régime dictatorial de Marc Ravalomanana cherche encore à sacrifier la jeunesse malgache avec ce dialecte que l’ensemble de la population ignore et dont les supports didactiques et pédagogiques nécessaires à l’émancipation des élèves manquent cruellement. Pire, les formateurs sont les premiers à ne pas maîtriser le système faute de formation sérieuse. Pis, l’exigence de la mondialisation, surtout le marché du travail sont absolument allergiques à la malgachisation car c’est un frein pour le développement des entreprises dont les fonctionnements sont conditionnés voire dictés par des normes internationales. Même au sein de l’administration publique, ce sont les « étrangers » qui sont appelés à former les fonctionnaires malgaches sur leurs missions et cela occulte absolument l’utilité de la langue malagasy.
Plus futile encore est l’idée selon laquelle la malgachisation est indispensable pour la fierté nationale. Une pitrerie qui ne fait plus rire personne. Car on ne peut pas parler de « fierté nationale » lorsqu’on survit grâce à la perfusion financière des bailleurs de fonds, ou lorsqu’on brade aux firmes multinationales le territoire national, ou lorsqu’on défie l’anglicisation, bref, lorsqu’on se nourrit dans la main des étrangers.
Ceci étant, ce n’est pas avec cette histoire de malgachisation que la dictature actuelle compte revigorer la soi-disant « fierté nationale » mais à travers une gouvernance sérieuse, et d’abord démocratique c’est-à-dire une gouvernance par et pour tous les malgaches, sans exclusion. La langue d’enseignement doit donc faire l’objet d’une concertation aussi large que possible car il s’agit d’abord d’une question « culturelle », et c’est la culture qui produit l’âme nationale. Il faut associer tout le monde, explorer et associer tous les dialectes et ne favoriser aucun au détriment des autres.
Fort heureusement, le franc parler de Guy Willy Razanamasy a fait explosé le furoncle puant de la malgachisation version Ravalomanana. Et de cette manière, il est légitime que le peuple malgache refuse d’adopter ce système suicidaire et infanticide.
Nous, Merina, devons une bonne fois pour toute comprendre que nous vivons dans une île et que par ce simple constat, nous sommes condamnés à vivre ensemble. En ce sens, nous devrions cesser une bonne fois pour tout de croire à ce fantasme rétrograde selon lequel nous sommes le nombril du monde.
Il a fallu la clairvoyance, surtout l’audace d’un notable Merina comme Razanamasy pour comprendre que la « merinisation » au même titre que la « bestimisarakisation » ou « le sakalavisation » etc… bref la « balkanisation » du pays est voué à l’échec. C’est donc peine perdue de s’aventurer dans ce sens là. C’est également en toute logique que l’entreprise du dictateur Marc Ravalomanana dans sa malgachisation échoue. Il est aussi tout à fait normal que cela soit les catholiques, donc les églises chrétiennes (qui prêchent l’amour de ses prochains) qui soient les premières à s’y opposer.
A juste titre, donc, l’aveu de Guy Willy Razanamasy confirme ce que j’ai affirmé dans l’article par ailleurs, comme quoi la malgachisation de Ravalomanana n’est plus ni moins que du “génocide intellectuel” car il est prouvé que le dictateur, avec sa merinisation, vise une cible “ethnique” (les ethnies autre que le Merina) bien précise pour être extérminée avec méthode.








