pris au piège

Nous avons coutume de dire, malheureusement plus par vanité usurpée que par fierté réelle, qu’Antananarivo fait et défait le régime. Nous croyons, nous, Merina, que tous les évènements politiques, des changements de régime, qui se sont succédés dans la très récente histoire de Madagascar, ont été le fruit direct du génie de nos illustres aïeux, excluant, par là, toute contribution possible ou supposée des autres membres de la communauté qui compose le pays, Madagascar.

« Antananarivo fait et défait le régime », aimons nous répeter fièrement. Soit ! Mais a y voir de plus près et à y réfléchir par deux fois, force est pourtant de constater qu’une telle « vantardise » ne nous honore point. Au contraire, elle nous fout la honte et discrédite grandement notre prétendue fierté. Elle nous est doublement « préjudiciables » parce que d’une part, cela signifie que c’est nous, Antananarivo, qui sommes « l’unique » responsable de l’état de pauvreté dans lequel Madagascar se trouve depuis toujours. Pour des raisons simples: c’est nous qui avons mis en place toutes ces dictatures qui ont gouverné notre pays ; c’est nous qui avons aidé la France à coloniser Madagascar, c’est nous qui l’avons soutenu dans sa colonisation, c’est encore nous qui avons installé le régime néo-colonial de la première République, toujours nous qui avons mis en place le socialisme qui a ruiné notre pays en vingt ans de règne, et c’est nous qui avons instauré toutes les formes de transition politique qui n’ont abouti en rien ainsi que des assassinats politiques qui ont secoué dramatiquement notre pays. C’est nous qui avons poussé le peuple malgache à s’entredéchirer, à s’entretuer, à se haïr et à s’autodétruire. Et c’est nous qui avons inculquer dans l’âme nationale le racisme et l’ethnicisme.

D’autre part, cela signifie, encore, que nous, Antananarivo, nous insinuons que toutes les populations régionales et provinciales, n’ont  jamais contribué à la lutte politique dans notre pays. Nous avons la prétention d’affirmer que ces « peuples », qu’il soit du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest de Madagascar, se sont toujours mis à l’écart de la situation socio-politique du pays, vivant comme des « étrangers » qui s’adjugent volontairement le droit de « réserve » sur tout ce qui touche les affaires nationales.         

Ceci étant, est-ce que nous nous croyons encore crédible, honnête et sincère vis-à-vis de notre propre concitoyen voire vis-à-vis du monde lorsqu’on continue à maintenir un tel raisonnement ? Bien sur que non. A moins d’accepter d’en assumer toutes les conséquences au lieu de s’arrêter aux quelques faits selectifs en tirant vers nous les rares gloires.

Pourtant, c’est encore avec cette même réflexe rétrograde et malhonnête que nous, Antananarivo, continuons d’apprécier la situation politique actuellement. En 2002, déjà, nous nous sommes impliqués fortement pour soutenir la candidature de Marc Ravalomanana à la présidentielle, tout simplement parce qu’il est de l’ethnie Merina, comme la plupart d’entre nous, enfants d’Antananarivo. Si à priori notre attitude peut être considérée comme “normale”, toutefois elle cesse de l’être lorsque nous gommons, intentionnellement, les efforts fournis par une très grande partie de la population malgache qui résident dans les régions et les provinces. Car eux, aussi, ont bataillé dur et avec courage dans leurs fiefs respectifs pour faire gagner notre candidat commun de l’époque, Marc Ravalomanana. En “déniant” cette contribution de la population provinciale, sans laquelle notre propre effort aurait été vain, notre soi-disant grande « fierté » se transforme en « immense déshonneur » aussi bien pour nous que pour notre génération future.   

Comment dès lors expliquer notre « indifférence », notre « tolérance » voire notre « complicité » dans la destruction minutieuse de notre pays par le dictateur Marc Ravalomanana ? Comment « nommer » notre lâcheté qui consiste à laisser, croisant les bras, la population malgache terrassée par la machine oppressive du régime actuel ?  Comment pouvons nous encore nous regarder dans le miroir de l’honnêteté et de l’humanité après avoir dit que la « dictature » de Marc Ravalomanana n’existe que seulement depuis le 12 décembre 2007, le jour où Antananarivo, notre ville, commença à subir l’ire du dictateur, fâché par l’échec de son poulain à l’élection communale ? Nous qui fermons les yeux et ne pipons mot sur toutes les « fraudes électorales » devenues récurrentes dans des élections organisées par notre « dictateur » ?  

Notre aveuglement, persistant, nous a encore donné l’illusion de notre prétendue « supériorité » (sic) – par rapport à tous les malgaches situant dans les régions côtières - lorsque nous avons encore cru que “l’agression“ faite à la CUA (Commune urbaine d’Antananarivo) pourrait se régler par une « passe-passe » diplomatique dont nous croyons être le maître dans l’art, ou encore par des pirouettes perfides dont nous croyons détenir seuls le secret en désignant cette « agression » (pourtant flagrante) non pas relevant d’une cause politique (alors que cela saute aux yeux même des plus aveugles) mais plutôt d’ordre « technique ». Notre but (dicté par notre perfidie) était de vouloir (encore la vanité!) nous distinguer des autres, par exemple d’un précédent lié au cas du Maire de Toamasina, Rolland Ratsiraka, ou encore à celui de Fianarantsoa avec Pety Rakotonirina, qui, tous les deux, ont fini par leur emprisonnements malgré le fait qu’ils étaient absolument innocents. Nous avons cru naïvement qu’un tel destin, celui d’être opprimé, serait pour les “autres” mais pas pour nous. Convaincus, que nous sommes, de “l’immunité ethnique” que nous avons cru detenir contre la dictature de Ravalomanana.  

Mal donc nous en a pris, car le dictateur malgache Ravalomanana a poussé la CUA dos au mur, car l’agression ne s’est point arrêtée. Au contraire elle risque, dans les jours à venir, de s’intensifier car nous avons ignoré qu’un régime dictatorial ne répond qu’à une seule logique : Son instinct de survie. En faisant donc fi de toute considération  politique, économique ou ethnique.

 Et là nous avons montré à la face du monde, mais surtout à nos compatriotes des régions (que nous avons machiavéliquement tant snobé), notre « petitesse  d’esprit » dont la faiblesse se revèle être proportionnelle au poids que nous donnons à notre fierté.

Comme des « sauvages » tenus dans des cages et emmenés de force dans un zoo pour être exhibés au public friand d’exotisme, nous nous sommes subitement rendus comptes de la réalité de la dictature de Marc Ravalomanana. Nous commençons à peine à réaliser (le choc étant trop fort) que nous sommes finalement « intellectuellement » très en retard par rapport aux autres qui, eux, au moins, ont compris bien avant nous le danger et sont déjà entrés dans la résistance contre cette dictature. Tandis que nous, nous sommes encore dans un état comateux, entre le marteau et l’enclume : Entrer dans la résistance serait, pour nous, un signe de faiblesse énorme adressé aux partis de l’opposition et au peuple des provinces, ceux-là même que nous avons traité de tous les noms hier encore ; Ne pas y entrer signifie que nous nous livrons, tête baissée, quasi en esclavage et dans le déshonneur total, au dictateur malgache, Ravalomanana. Car seul, nous savons que nous ne sommes pas en mesure de le défier. Nous sommes tout simplement pris au piège. C’est le « calcul » du dictateur Ravalomanana.

Nous avons beau faire parler nos « sages », nos « ray amandreny », nos « chefs d’églises », nous avons beau mobiliser toutes les communications du monde pour véhiculer nos « pleurs », « nos droits », « nos raisons », « notre bonne foi »….ce sera vain. Car le dictateur malgache n’en a cure. Personne ne viendra à notre secours. Il suffit de voir les agitations du parti présidentiel TIM pour voir que rien n’inquiète le régime dans cette affaire, comme tant d’autres, de CUA.

Cependant il nous reste une seule voie possible pour nous libérer de cet étau: d’abord reconnaître notre erreur, revoir à la baisse notre fierté « inflationniste » envers nos compatriotes qui se trouvent dans le même cas que nous; ensuite revoir à la hausse le degré de notre « honnêteté », notre « modestie » afin que nous puissions intégrer plus facilement le camps de la résistance, qui est déjà en marche. Pour faire face à la dictature, toute la population malgache se doit de s’unir et conjuguer leur efforts, et ensemble, mettre un terme, une bonne foi pour toute, à la dictature qui nous agresse et qui détruit notre Nation.        

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