L’état de santé de l’opposition malgache
politique décembre 2nd, 2008On a tout entendu sur la classe politique dite de « l’opposition » à Madagascar, surtout des dénigrements en règle et, très rarement, la reconnaissance de ses nobles efforts. Lorsqu’il s’agit de calomnier l’opposition malgache, l’opinion publique en est gavé à travers la propagande qui tourne en boucle menée par le régime actuel, mais aussi, souvent, par des médias qui, on ne sait pour quelles raisons, trouvent dans cette « entité politique » (plutôt que dans le camp au pouvoir responsable de la dictature actuelle) le « mal » du pays. Bien sur, il est plus facile, bien que plus lâche, de s’en prendre aux plus faibles, aux plus vulnérables lorsqu’on n’arrive pas ou n’ose pas s’attaquer aux puissants (Mesurer aux moyens d’oppression).
Certains politiciens[1] s’adonnent, en outre, ridiculement, à un jeu de grand écart lorsqu’ils affirment à la fois de ne pas faire partie de l’opposition tout en se disant pourtant « opposant » (sic) au régime en place. Livrant donc, ainsi un message encore plus ambiguë que naïf à la population. Si ceci est fait par choix purement tactique, cela se conçoit encore, autrement il devient insensé voire contreproductif.
Pire, même certain membre de la communauté internationale, pourtant tenu habituellement à ne pas s’ingérer dans les affaires politiques et intérieures du pays, se permet, à l’instar de l’ambassadeur américain, Niels Marquardt[2], de prendre ouvertement partie en faveur du régime, et ce malgré la petitesse affligeante de l’analyse qu’il faisait de la situation politique malgache.
Paradoxalement, l’opposition malgache que l’on disait inexistant, faible et en voie de disparition depuis 2002, se révèle chaque jour davantage présente, active et de plus en plus crédible. En tout cas plus que le régime dictatorial qu’elle est entrain de combattre.
Ce paradoxe est, pourtant, très facile à pénétrer et à expliquer. D’abord, beaucoup de ceux qui éreintent l’opposition sont ceux qui ignorent superbement le sens même de « l’opposition politique[3] » Comment prendre aux sérieux ceux qui demandent à l’opposition qu’elle cesse de critiquer le régime au pouvoir ? Comment débattre avec ceux qui se disent attendre de « l’opposition » des « solutions immédiates » au lieu et à la place des « critiques » alors que la logique même voudrait qu’on ne peut proposer une alternative sans préalablement critiquer ce qui ne va pas. Mieux, pour pouvoir « proposer » faudrait-il surtout pouvoir « exprimer » librement les propositions que l’on a. Une chose qui est pourtant impossible à faire à Madagascar où aucune règle relative au fonctionnement des partis n’est claire et où les lois sont volontairement violées[4] par leurs propres dépositaires.
Bref, c’est donc la notion même de « l’opposition politique » que les détracteurs de l’opposition malgache ignorent ou feignent d’ignorer pour mieux servir la dictature.
Ensuite, on peut se demander aussi si ces « détracteurs » sont vraiment conscients des conditions dans lesquelles l’opposition malgache évolue.
C’est parce que les « conditions » et les « règles » régissant le fonctionnement de la politique et notamment celui relatif à l’opposition, sont calamiteuses qui fait que l’opposition malgache reste plus ou moins perçue de façon abusivement négative.
Il n’est plus à démontrer que les conditions dans lesquelles l’opposition évolue à Madagascar sont liées à un seul postulat : l’oppression.
Et parmi tous ceux qui ont tenté de s’opposer au régime de Marc Ravalomanana et qui ont, aussitôt été opprimés, seule l’opposition politique malgache est encore debout et a toujours résisté clairement. Si on accorde donc à l’opposition la fonction de « s’opposer » au régime pourquoi lui refuse-t-on la fonction également de « critiquer » ? On a vu les enseignants chercheurs, SECES, lorsqu’ils réclamaient leurs droits et auxquels le régime a répondu par une oppression à travers la suspension de soldes ; on a vu également les syndicats des magistrats lorsque, eux aussi, faisaient valoir leurs droits mais auxquels, encore une fois, le régime leur répondait par des menaces d’affectations et de suspension de soldes ; on a vu aussi dans le milieu médiatique où des radios privés ont été fermées, des émissions interdites[5], des journalistes intimidés[6] allant jusqu’à annuler volontairement leurs émissions ; on a vu des prélats, des hommes d’églises persécutés, des temples fermés ; on a vu des membres de la société civile étrangers expulsé[7] ou des membres diplomatiques considérés comme indésirables et demandés à quitter le pays[8], on a vu des militaires humiliés[9], rabaissés, traités comme des moins que rien, emprisonnés….Aucun parmi ceux-ci ont pu durablement et avec méthode résister à cette oppression dont l’actuel régime possède seul le secret.
En revanche, l’opposition que l’on traite de tous les noms, et dont la majorité de ses leaders sont soit emprisonnés[10], soit en exil, et où tous ses membres sont constamment harcelés[11] et méticuleusement intimidés par le régime, elle ne cède point et continue plus que jamais le combat. Au contraire, elle se renforce. Même si la manière par laquelle ce « renforcement » s’opère ne se situe pas toujours au sein des « partis traditionnels » dits d’opposition.
Des intimidations, de l’emprisonnement, de l’interdiction de se manifester, de la campagne de dénigrement par les médias publics, de la violation des lois pour donner à l’oppression une forme « légale » (à défaut de l’être)…voilà pour la forme directe de « l’oppression».
Mais ce n’est pas tout. Une autre forme d’oppression plus « indirecte » est aussi menée contre l’opposition malgache. Elle se manifeste doublement par la pression faite aux médias privés et par la pression faite à la population d’Antananarivo.
Premièrement, des pressions sont menées contre les médias privés (en dehors bien sur des médias qui prennent fait et cause au régime), que ce soit la presse, la radio ou la télévision, pour que l’autocensure ainsi créée exerce à l’encontre de l’opinion une campagne de « désinformation »[12] tendant sinon à salir l’opposition, du moins à ne pas trop insister sur la médiocrité du régime. Cela se constate à travers l’interdiction des émissions, l’annulation des émissions prévues pour recevoir l’opposition, l’expulsion des journalistes étrangers ou encore l’expulsion déguisée des responsables étrangers de certaines rédactions.
Deuxièmement, des pressions aussi sont menées contre la population d’Antananarivo dont l’idée serait de faire passer l’opposition comme composée des « revanchards de l’ancien régime » qui, en cas d’alternance, se vengeront contre Antananarivo, cette ville et cette population, que le régime cherche à considérer comme son « unique » représentation tout simplement pour des raisons bassement ethniques[13]. Pourtant, cette pression qui a jusqu’à une date très récente encore bien fonctionnée, commence à se fissurer. Car depuis le conflit qui oppose
la Commune Urbaine d’Antananarivo et le régime, la population tananarivienne se rend compte de l’état réel qu’incarne cette dictature ce qui lui donne donc une raison plus que valable pour s’en écarter.
Mais même dans ce conflit latent (CUA-Régime), le pouvoir actuel cherche toujours à jouer la division au sein de l’opposition[14] pour mieux l’affaiblir. Autrement dit, empêcher à ce que la population tananarivienne, c’est-à-dire, probablement la seule qui n’a pas encore basculée complètement dans l’escarcelle de l’opposition dite « officielle », ne vienne renforcer l’opposition.
C’est donc dans de telles conditions si peu favorables à l’émancipation d’une vraie opposition démocratique que l’opposition malgache évolue.
Mais malgré ces problèmes qui pèsent sur ses épaules, et malgré quelques défauts que certains membres de l’opposition peuvent révéler, malgré les campagnes incessantes de dénigrements, malgré de telles conditions, l’opposition malgache a, au contraire, relevé et gagné nombreux défi : Elle a gagné le défi de l’Union des partis et entités politiques[15] se réclamant de l’opposition ; elle a pu rassembler la majorité de l’opinion[16] avec elle ; elle a pu démontrer de façon claire sa capacité à produire un projet alternatif[17] démontrant de fait l’inutilité du MAP (Madagascar Action Plan du régime)[18]; elle a pu démentir la soi-disante adhésion du peuple à la cause du régime[19] car celui-ci a finalement laissé tomber son masque de démocrate pour qu’apparaît au grand jour sa nature dictatoriale[20] avec toute sa laideur. Elle est entrain même de gagner le défi de la médiatisation car si, à Madagascar, le milieu médiatique demeure soumis à une forte pression, donc exercée à travers l’autocensure, à l’extérieur, en revanche, notamment parmi les sites malgaches ou les forums de discussions sur la politique malgache, force est de constater que le soutien au régime se raréfie alors que les voix de l’opposition gagnent davantage de terrain et sont, même, en passe de dominer l’opinion.
Devant une telle prouesse, on ne peut que se réjouir. Sans pour autant baisser les gardes. Car le combat contre la dictature n’est pas encore fini. Loin de là. Dans cette lancée, l’opposition a encore quelques défis à relever et à gagner notamment dans l’organisation sérieuse dans tout le territoire, le renforcement du domaine médiatique et de concertation en vue de rassurer l’opinion quant à une alternance non douloureuse du pouvoir ; ou encore dans la mobilisation de l’opinion internationale ainsi dans une démonstration révélant sa capacité à gouverner le pays au lieu et à la place de la dictature actuelle, pour l’intérêt national.
[1] (http://www.madagascar-tribune.com/La-plate-forme-de-l-opposition-est,8104.html)
[2] (http://www.lexpressmada.com/index.php?p=display&id=16643&search=ambassadeur%20et%20opposition)
[3] (http://fr.encarta.msn.com/encyclopedia_761591037/opposition.html).
[4] (http://www.madagascar-tribune.com/88-senateurs-denoncent,668.html)
[5] (http://www.madagascar-tribune.com/La-panique-en-haut-lieu,4266.html)
[6] (http://www.madagascar-tribune.com/Ny-Marina-et-Morning-Show-c-est,7199.html)
[7] (https://www.madagascar-tribune.com/Le-Pere-Urfer-expulse,072.html)
[8] (http://www.madagascar-tribune.com/L-avant-et-l-apres-Le-Lidec,7764.html)
[9] (http://www.madagasikara-soa.com/index.php/Tribunes-politiques/ZAFY-Albert-interpelle-vigoureusement-Marc-Ravalomanana.html)
[10] (http://www.madagascar-tribune.com/Voninahitsy-persiste,6727.html)
[11] (https://www.madagascar-tribune.com/La-repression-aggrave-la-tension,8665.html)
[12] (http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sinformation)
[13] (http://www.madagasikara-soa.com/index.php/Chroniques-politiques/Discours-et-provocations.html)
[14] (http://www.madagascar-tribune.com/Le-Tim-denonce-une-sale-combine,8526.html)
[15] (http://www.madagascar-tribune.com/La-plateforme-des-Partis-d,3101.html)
[16] (http://www.madagascar-tribune.com/Tonga-saina-ny-faritra-iva,8742.html)
[17] (http://www.madagasikara-soa.com/index.php/Tribunes-politiques/Soritr-Asa-Hoan-i-Madagasikara-Madagascar-Societe-d-Avenir.html)
[18] (https://www.madagascar-tribune.com/Andre-Ramaroson-pessimiste,7080.html)
[19] (http://www.madagasikara-soa.com/index.php/Chroniques-politiques/Elections-regionales-Defaite-personnelle-de-Ravalomanana.html)
[20] (http://www.madagascar-tribune.com/Andry-Rajoelina-denonce-une,8744.html)








