obama

Le 04 novembre 2008, Barack Hussein Obama, un métis de père Kenyan et de mère native de Kansas, devient président de la première puissance mondiale, les Etats-Unis d’Amérique. La prophétie de Robert Kennedy au début des années 1960 prédisant l’élection d’un président noir à la tête du pays s’est accomplie.

S’agissant de la première puissance mondiale, assurément, l’élection d’Obama aura un impact sur les pays du reste du monde surtout que celle-ci s’inscrit dans le « changement » non seulement parce que le démocrate remplace le républicain Bush mais surtout parce que pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis un homme de couleur noir accède à la magistrature suprême.

Toutefois, ne nous berçons pas d’illusion et des faux espoirs de voir « un changement » capital s’opérer quant à la politique américaine vis-à-vis du monde, et particulièrement de l’Afrique ni de nous exalter, nous africains, dans un triomphalisme béat par le fait qu’Obama a une origine africaine. Tous les spécialistes des Etats-Unis sont formels et affirment que cette élection d’Obama n’induira pas un changement majeur dans la politique américaine vis-à-vis de l’Afrique par rapport à celle déjà menée jusqu’alors par le régime de Bush.

Autrement dit, la politique américaine continuera, avec Obama, d’être d’une part du « tout sécuritaire » suivant, donc, les projets pré-existants comme la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), du Millenium challenge Act ou encore du commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM), et d’autre part de conquête de matières premières dont l’Afrique est considérée comme grande pourvoyeuse de ces matières, notamment les pétroles et les mines. L’avènement de nouvelles puissances émergentes comme la Chine et l’Inde, elles aussi en quêtes de ressources minières et minérales en Afrique, confirmera le choix de statu quo que les Etats-Unis adopteront comme politique vis-à-vis de  l’Afrique.     

Ceci étant, l’Afrique ne risquera point de devenir, du jour au lendemain, le centre de gravité de la politique étrangère américaine. Elle ne sera traitée que sous l’angle de l’apport qu’elle pourrait avoir dans la politique de sécurité des Etats-Unis (sécurités économiques, énergétiques, militaires etc.).  D’ailleurs plusieurs chefs d’Etat africains en sont conscients comme par exemple le président sénégalais, Abdoulaye Wade qui affirme que Barak Obama n’est que le président des Etats-Unis.

Néanmoins, tout peut se jouer au niveau de la personnalité d’Obama dans laquelle nous pouvons déceler une vision plus humaniste de la planète contrairement à celle montrée depuis huit ans par le néolibéral Georges Bush et, surtout, de la capacité des peuples d’Afrique à faire valoir ses droits fondamentaux.

Ce qui est important, en revanche, pour nous, malgaches, c’est que l’élection d’Obama reflète pour notre jeunesse et surtout pour notre société un message d’espoir assez clair incarné par des symboles très forts sur lesquels chaque citoyen peut s’inspirer pour se convaincre du noble combat à mener contre la dictature de Ravalomanana.

1er symbole : La défaite de l’idéologie raciste de Ravalomanana et ses sbires 

L’élection de Barack Obama signifie, pour le peuple américain, une volonté, pour eux,  d’entrer dans l’ère « post-racial ».  C’est là où cette élection a de « révolutionnaire » car étant un pays esclavagiste il y a à peine un siècle et ségrégationniste jusqu’il y a seulement 50 ans, les Etats-Unis viennent là de faire un grand bond de l’humanité en surpassant le piège du repli identitaire et surtout en réduisant considérablement l’influence « raciste » notamment envers les noirs dans leur société.

C’est donc le premier message, le premier symbole qu’offre cette élection, pour le peuple malgache. Ce message constitue un grand « contre pieds » à l’idéologie raciste de Ravalomanana dont la Haine envers les « noirs » n’est plus à démontrer quitte à se refuser « l’africanité », donc nègre, de l’origine malgache.

Ce complexe de nègre, a même poussé le régime de Ravalomanana à interdire, arbitrairement, certains « métis » à accéder à la magistrature suprême du pays[1].  . Cette haine raciale qui caractérise le régime de Marc Ravalomanana l’a également incité à imposer la « malgachisation » débridée aux élèves du primaire sous prétexte qu’il s’agirait de la « langue maternelle » alors que telle qu’elle est conçue, cette « malgachisation » n’est ni plus ni moins qu’une « Merinisation »[2] (dialecte de l’ethnie du chef de l’Etat Ravalomanana) faite délibérément au détriment des 17 autres dialectes qui existent au sein de la société malgache.

L’élection d’Obama présente, pour les malgaches, une preuve flagrante de la défaite de l’idéologie raciste que Ravalomanana ne cesse d’imposer à la société malgache. Mieux, une preuve qu’à travers cette idéologie, Marc Ravalomanana renvoie Madagascar un siècle en arrière.

2ème symbole : La faillite de la doctrine du « Buschisme exotique » de Ravalomanana.   

La victoire d’Obama tient surtout d’un concours de circonstance extraordinaire: la faillite totale de la doctrine de Georges Bush. Cette doctrine est celle qui a été inspirée par les néo-conservateurs américains, notamment les ouvriers politiques issus de l’école dite de Chicago en premier desquels se trouvent les Friedrich Hayek ou Milton Friedman, et qui est basée sur « l’économisme toute », sur « l’ultralibéralisme » et de l’argent roi.

Cette doctrine a provoqué la grande crise aussi bien financière qu’économique que les Etats-Unis connaissent en ce moment et que le monde entier commence à sentir ses contrecoups. 

C’est surtout à cause de l’échec de la gouvernance Bush que repose, en grande partie, la victoire d’Obama car c’est en cela que la notion de « changement » a le plus d’importance pour les américains.

Or, c’est à cette même doctrine que le chef d’Etat malgache, Ravalomanana, a soumis l’économie malgache : Confier la conduite des affaires économiques de la Nation à ces « économistes de salons » issues des institutions de Bretton Woods (donc les néolibéralistes) et présents à Madagascar, payés au frais des contribuables, et qui vantent, toujours, avoir la prétention de pouvoir gouverner la planète.

Il est connu maintenant que par « fainéantise intellectuelle », le régime de Marc Ravalomanana a remis le destin de la Nation malgache dans les mains de ces « gens-là ». Ces « gens » de la haute finance internationale que l’historien Elie Barnavi qualifie de « théoriciens jusqu’au-boutistes qui pensent à une liberté d’entreprendre sans limite ».

Ce sont encore ces mêmes « bureaucrates » qui ont fait de la planète « la somalie mondiale »[3] dont seule la quête d’argent divinisé demeure la raison d’être de la société. Ce sont vers eux que le monde pointe du doigt actuellement à cause du désastre qu’ils ont causé en ruinant l’économie mondiale. 

A Madagascar, les mêmes mains, les mêmes pensées ont causé les mêmes dégâts tout aussi catastrophiques: Pillage des richesses naturelles ; braderie du territoire national aux mafieux internationaux ; privatisation de l’Etat aux technocrates de Bretton Woods ; Noyer l’économie nationale dans le cycle infernal de la dette ; Destruction irréversible de l’environnement ; Vider le « politique » de toute sa substance ; banaliser la dictature ; Dévaloriser les droits fondamentaux de l’homme etc.

C’est pour refuser de suivre une telle doctrine que les américains ont voté Obama. Et c’est à travers ce symbole de refus que nous devrions, nous aussi, nous inspirer pour sauver notre pays.

3ème symbole : Le danger qu’incarnent Les présidents incultes 

La victoire d’Obama reflète, en outre, la conscience générale qu’ont les américains du danger que présente un président inculte pour leur pays et pour leur société. Georges Bush Junior, est réputé comme le plus inculte des présidents des Etats-Unis d’Amérique. Des films, des reportages, des témoignages…attestant le caractère inculte, ce qui le rend ridicule auprès de l’opinion mondiale, fusent aux Etats-Unis. C’est une des raisons qui expliquent le discrédit des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde. Cette absence de « culture » de Georges Bush explique également la facilité avec laquelle il a accepté tout ce que ces conseillers les plus ultralibéraux lui ont suggéré de faire, tels que par exemple la guerre en Irak, la mise en place d’un système économique ultralibéral, légal certes, mais empreint des pratiques mafieuses et responsable de la faillite de l’économie américaine, la théorie de l’Axe du mal ou encore de la guerre préventive contre le terrorisme qui fut un échec total, la politique qui exclue les dimensions sociales rendant impuissante l’administration bouche face à l’Ouragan Katrina etc.

En votant Obama, avec son colistier John Biden, les américains ont choisi des dirigeants « sérieux », « cultivés », donc généralement aptes à avoir une vision plus sérieuse et humaniste du monde. D’ailleurs, Obama est un intellectuel confirmé et a, visiblement, une conviction très forte à juger au discours[4] qu’il a fait avec son staff après la bataille gagnée contre Hillary Clinton : « On a gagné la première étape, et c’est super. Mais on ne peut pas s’arrêter là. On ne peut pas trahir nos promesses. On ne peut pas abandonner les gens qui n’ont plus de boulot, qui n’ont pas de quoi se soigner, eux ou leurs gosses. On ne peut pas laisser tomber la planète. Vous pouvez être sûrs que si on se plante personne ne s’occupera de tout çà. On fera du bruit avec la bouche et on passera à autre chose. Rien ne sera fait. On a une responsabilité. On ne peut pas trahir les espoirs qui pèsent sur nos épaules. »

Surtout, Obama a insisté sur la prise en compte, de façon notable, dans son projet politique la préoccupation sociale.

A Madagascar, Ravalomanana est le chef d’Etat malgache le plus inculte de son histoire. Le réalisateur américain, Oliver Stone, producteur du film « W », affirme[5] que « ces dirigeants, à l’instar de Bush, ne sont souvent pas stupides mais « incultes », pas du tout intéressés pour la chose intellectuelle, incapable de la moindre autoanalyse, ce sont des gens pas intelligents mais « malins »

Au vu du discours impromptu de Barak Obama ci-dessus, le peuple malgache n’a eu de la part de Marc Ravalomanana que le « croire simplement » et l’absolue prétention de croire qu’en dehors de son projet farfelu MAP (Madagascar Action Plan), aucune idée, aucune pensée ne devrait avoir droit de cité.

Au contraire, de par cet aspect « inculte », il ignore le ridicule véhiculé par les récoltes de diplômes bradés d’honoris causa, des titres usurpés de professeurs et de docteurs ou encore de la honteuse réputation de mendiant international qu’il s’est collé sur le dos.

Du point de vue caractéristique d’homme d’Etat, le malgache, Ravalomanana, a comme proximité Bush fils (côté inculte, arrogant, pseudo évangéliste…) auquel le premier s’inspire d’ailleurs (une pâle copie). Tout le contraire d’Obama qui, lui, est reconnu comme l’incarnation de la réconciliation raciale, de la diversité, de la tolérance, des diplômes universitaires, du multiculturalisme, voire d’un symbole d’égalité absolu.

Ce troisième symbole nous rappelle alors que la capacité à gouverner un pays repose également sur « l’apport culturel » qu’incarne la personne, de sa clairvoyance intellectuelle, de ses valeurs humaines, plutôt que sur l’immensité de sa fortune, quelque soit l’origine de celle-ci.     

Pour conclure, force est de constater que de cette élection du 44ème président des Etats-Unis, nous ne pouvons que tirer des enseignements sur les trois symboles ainsi démontrés. C’est à travers eux que nous pourrions renforcer nos convictions quant à la justesse de notre combat. Ils nous aident à renforcer notre capacité de discernement sur la situation politique qui prévaut dans notre société. Ils nous enseignent surtout que « s’engager » pour le bien de son pays est un acte citoyen noble et vertueux.

De toute manière comme le disait Einstein : « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».


[1] Constitution 2007, article 46

[2] http://www.madagascar-tribune.com/Malgachisation-merinisation,8553.html

[3] Un pays qui a un marché mais dénué d’Etat -  Jacques Attali, dans Jeune Afrique

[4] Charlie Hebdo de la semaine du 29 octobre au 04 novembre 2008.

[5] Magazine Marianne, semaine du 25 octobre au 01 novembre 2008

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